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Quand la guerre devient une crise sanitaire : comment garantir l’accès aux soins à l’Est de la RDC ?

Quand la guerre devient une crise sanitaire : comment garantir l’accès aux soins à l’Est de la RDC ?

Dans l’Est de la République démocratique du Congo, la guerre ne tue pas seulement directement par les armes. Elle tue également lorsqu’elle empêche un malade d’atteindre un centre de santé, lorsqu’un professionnel abandonne son poste, lorsqu’un hôpital manque de médicaments ou lorsqu’une ambulance ne peut plus circuler.

La situation sanitaire de 2026 illustre cette réalité. L’OMS estime à 7,5 millions le nombre de personnes ayant besoin d’une assistance sanitaire urgente en RDC, principalement dans les provinces affectées par les conflits. L’accès aux services essentiels est limité par l’insécurité, les déplacements, les pénuries et les attaques contre les soins de santé.

Le problème n’est donc plus seulement de construire davantage de structures sanitaires. Il faut garantir qu’elles puissent fonctionner, que leur personnel puisse y travailler et que les patients puissent y accéder en sécurité.

Des hôpitaux qui existent, mais qui ne peuvent plus répondre aux besoins

Les données du CICR montrent l’ampleur de la pression exercée sur le système de santé. En septembre 2025, une évaluation menée dans 240 structures sanitaires du Nord-Kivu et du Sud-Kivu révélait que 85 % d’entre elles connaissaient des pénuries de médicaments et près de 40 % avaient subi un départ de personnel de santé.

La situation s’est poursuivie avec l’intensification des violences. En janvier 2026, à l’hôpital général de référence de Fizi, 115 blessés ont été admis le 18 janvier alors que l’établissement ne disposait initialement que de 25 lits. Beaucoup présentaient des plaies infectées parce qu’ils n’avaient pas pu être pris en charge suffisamment tôt.

Ces chiffres montrent que l’accès aux soins est devenu un problème de chaîne : sécurité, transport, personnel, médicaments, financement et fonctionnement des structures sont interdépendants.

Protéger les soins de santé doit devenir une priorité politique

La protection des établissements sanitaires ne peut pas être laissée uniquement aux organisations humanitaires. Le droit international humanitaire protège les blessés, les malades, les personnels et les structures médicales. Pourtant, les attaques, menaces et obstructions continuent de compromettre la fourniture des soins dans les contextes de conflit. L’OMS considère d’ailleurs la protection des soins comme un enjeu mondial majeur.

Le Plan de réponse humanitaire 2026 pour la RDC reconnaît lui-même que la détérioration sécuritaire à l’Est, les déplacements et la réduction des financements compliquent considérablement l’accès humanitaire et sanitaire.

La question essentielle pour la RDC est donc la suivante : comment maintenir un système de santé fonctionnel lorsque l’environnement dans lequel il doit fonctionner est lui-même devenu dangereux ?

Une guerre peut détruire une route en quelques minutes ; reconstruire un système de santé peut prendre des années. Protéger un hôpital, c’est donc protéger bien plus qu’un bâtiment : c’est protéger la possibilité même de survivre.

À l’Est de la RDC, l’accès aux soins doit désormais être considéré comme une composante essentielle de la paix et de la protection des civils.

Recommandations

1.  Créer des mécanismes locaux de protection des structures sanitaires, avec un dialogue permanent entre autorités, communautés, acteurs humanitaires et parties au conflit.

2. Garantir des corridors humanitaires et sanitaires sécurisés pour les ambulances, les patients, les médicaments et le personnel médical.

3. Financer directement la continuité des soins essentiels, notamment les soins chirurgicaux, maternels, pédiatriques, chroniques et psychosociaux, au lieu de concentrer les ressources uniquement sur les situations d’urgence visibles.