Guerre en RDC : impacts sur le marché du travail à l’Est
La persistance des conflits armés dans l’Est de la République Démocratique du Congo affecte profondément le marché du travail et compromet les perspectives de développement économique à l’Est.
Au-delà des pertes humaines et des déplacements massifs, la guerre désorganise les circuits de production, fragilise les entreprises et réduit considérablement les opportunités d’emploi, notamment dans des provinces comme le North Kivu, Sud-Kivu et l’Ituri.
Dans les zones touchées par l’insécurité, de nombreuses entreprises ferment ou réduisent leurs activités. Les infrastructures économiques, routes, marchés, entrepôts sont souvent endommagés ou deviennent inaccessibles. Cette situation entraîne des pertes massives d’emplois directs et indirects, une baisse significative de la production agricole pour nourrir les zones affectées par la guerre, faibles revenus des ménages et une contraction des activités des petites et moyennes entreprises. Le secteur privé, moteur essentiel de la création d’emplois, se retrouve fortement paralysé.
Expansion de l’économie informelle
Le déplacement interne des populations aggrave la crise du marché du travail. Les personnes contraintes de fuir leurs villages perdent leurs moyens de subsistance et se tournent vers des activités informelles de survie dans les centres urbains. Cette expansion de l’informalité réduit la productivité globale, affaiblit la base fiscale de l’État et expose les travailleurs à l’absence de protection sociale, accentuant la vulnérabilité économique.
Fermeture des banques et paralysie financière
La fermeture des banques dans les zones occupées par des groupes armés constitue un facteur aggravant majeur. L’arrêt des services financiers bloque l’accès aux salaires, limite les transactions sécurisées et empêche les entreprises d’accéder au crédit. Les activités économiques se replient vers les circuits informels, augmentant les risques d’insécurité et freinant toute relance économique durable. À Bukavu, une vendeuse de légumes ayant épargné une somme de 100 000 francs congolais à la COOPEC CHAHI se retrouve aujourd'hui dans une situation de grande détresse. Depuis la fermeture de cette coopérative à la suite de l'entrée du M23 dans la ville, elle n'a plus accès à son épargne, compromettant ainsi la poursuite de ses activités génératrices de revenus. Malgré les avancés de cette coopérative d'apporter des innovations de DIGITAL CHAHI, afin d’aider ses clients a continuer leur mouvement d’épargne et de retrait, l’accès reste limité par un système de corruption imposer par certains agents pour accéder à son droit.
Grâce à ce petit commerce, elle parvenait à scolariser ses deux enfants et à subvenir aux besoins de sa famille. Aujourd'hui, aucun de ses enfants ne fréquente l'école faute de moyens financiers. Malgré plusieurs tentatives pour relancer son activité, elle se heurte à une baisse considérable des ventes. Le pouvoir d'achat de la population s'est fortement dégradé et de nombreux habitants se disent sans emploi ou sans revenus suffisants pour effectuer leurs achats comme auparavant.
Son témoignage illustre les difficultés économiques auxquelles font face de nombreux petits commerçants de Bukavu depuis les bouleversements sécuritaires et économiques dans la région.
Jeunesse, chômage et risques sécuritaires
Le manque d’opportunités économiques touche particulièrement les jeunes. Le chômage massif, combiné à la pauvreté et à l’absence de perspectives, accroît la vulnérabilité au recrutement par des groupes armés. Ainsi, le chômage devient non seulement une conséquence, mais aussi un facteur potentiel de prolongation du conflit.
Rôle des acteurs régionaux et africains
Une coopération sécuritaire et économique renforcée au sein de la région des Grands Lacs est essentielle pour stabiliser les échanges transfrontaliers. À l’échelle continentale, l'Union Africaine devrait intensifier son rôle dans la prévention des conflits et la mobilisation de fonds pour la reconstruction. Par ailleurs, l’intégration économique à travers l’African Continental Free Trade Area peut contribuer à créer davantage d’opportunités formelles et à renforcer la résilience économique.
Recommandations au gouvernement congolais
Afin d'atténuer les effets du conflit sur le marché du travail et de favoriser une reprise économique durable dans l'Est de la République Démocratique du Congo, plusieurs mesures devraient être envisagées. Tout d'abord, il est essentiel d'intensifier les efforts diplomatiques et sécuritaires afin de mettre fin aux conflits armés qui continuent de déstabiliser la région. Le rétablissement de la paix constitue une condition indispensable à la relance des activités économiques, au retour des investissements et à la création d'emplois durables. Par ailleurs, le gouvernement et ses partenaires devraient mettre en place des programmes de soutien aux petites et moyennes entreprises (PME) affectées par le conflit, notamment à travers des facilités d'accès au financement, des mesures d'allègement fiscal et des mécanismes d'accompagnement à la relance de leurs activités. En outre, le développement des services financiers numériques apparaît comme une solution stratégique pour permettre aux populations de continuer à accéder à leurs ressources financières et à effectuer des transactions même lorsque les institutions bancaires traditionnelles sont perturbées par l'insécurité. Enfin, des programmes de réinsertion économique destinés aux personnes déplacées devraient être développés afin de leur permettre de reconstruire leurs moyens de subsistance. Ces programmes pourraient inclure des formations professionnelles, un soutien à l'entrepreneuriat, ainsi qu'un accès facilité aux financements pour les activités génératrices de revenus. La mise en œuvre de ces différentes mesures contribuerait à renforcer la résilience économique des populations affectées tout en favorisant une stabilité durable dans l'Est de la RDC.
La guerre en RDC affaiblit durablement le marché du travail en détruisant les bases de la production, de l’investissement et de la confiance économique. La paix durable doit s’accompagner d’une stratégie cohérente de reconstruction économique, de renforcement institutionnel et de promotion de l’entrepreneuriat afin de briser le cycle d’instabilité et de chômage.
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