Choléra en RDC : pourquoi continuons-nous à vacciner sans garantir à la population de l’eau potable ?
La République démocratique du Congo continue de faire face à une contradiction sanitaire difficilement défendable : nous mobilisons des doses de vaccin contre le choléra pour contenir les flambées, mais nous ne traitons pas suffisamment l’un des principaux déterminants de leur persistance : l’accès à l’eau potable et à l’assainissement.
La situation est loin d’être marginale. Entre janvier et juin 2026, la RDC avait déjà notifié 32 193 cas de choléra et 908 décès, avec 18 provinces touchées. L’OMS souligne que la transmission reste particulièrement élevée dans l’Est, où le manque d’eau sûre, les mauvaises conditions d’assainissement et les déplacements de populations entretiennent la circulation de la maladie.
La vaccination orale est donc nécessaire. Elle permet de réduire rapidement le risque dans les populations exposées et constitue un outil précieux de riposte. Mais l’OMS rappelle elle-même qu’elle doit être associée à l’amélioration de l’accès à l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène : le vaccin ne peut pas remplacer ces mesures structurelles.
Une crise sanitaire qui révèle surtout une crise de gouvernance
Le problème du choléra en RDC ne relève donc pas uniquement du ministère de la Santé. Il concerne également l’eau, l’assainissement, l’environnement, l’urbanisme, les infrastructures, les finances publiques et les autorités provinciales.
En décembre 2025, l’UNICEF estimait que l’épidémie de choléra en cours était la pire connue par le pays depuis 25 ans, avec plus de 64 000 cas et 1 888 décès depuis le début de l’année. L’organisation soulignait également que les conflits, les déplacements, les inondations et l’urbanisation rapide et non planifiée aggravent la situation.
Plus préoccupant encore, les données de l’UNICEF indiquent qu’en 2026, 5,3 millions de personnes auront besoin d’une assistance d’urgence en matière d’eau, d’hygiène et d’assainissement. Dans plusieurs territoires prioritaires de l’Est, moins de 30 % de la population dispose d’un accès à une eau sûre.
Comment, dans ces conditions, demander aux populations de « prévenir le choléra » si l’eau disponible est elle-même un facteur de contamination ? Lorsque le gouvernement se penche sur les urgences et oublie l’importance de résoudre la cause profonde, une vie se perd et l’espoir s’envole.
Le vaccin doit être une passerelle vers une politique durable
La RDC dispose pourtant d’un cadre : le Plan multisectoriel stratégique d’élimination du choléra 2023-2027, conçu précisément parce que l’élimination de la maladie dépasse le seul secteur sanitaire. L’OMS avait déjà insisté sur la nécessité d’une approche impliquant plusieurs ministères et donnant une place centrale à l’eau potable et à l’assainissement.
Le véritable enjeu politique est donc de passer d’une logique de réaction à chaque flambée à une logique d’investissement dans les déterminants de santé. Chaque campagne de vaccination devrait être considérée comme une opportunité de renforcer simultanément les réseaux d’eau, les latrines, la surveillance épidémiologique et l’éducation sanitaire.
La RDC ne pourra pas vacciner indéfiniment une population exposée aux mêmes sources de contamination. Le vaccin sauve aujourd’hui ; l’eau potable protège demain. La véritable victoire contre le choléra commencera lorsque la prévention ne sera plus seulement une seringue, mais aussi un robinet, une latrine et une politique publique durable mettant la vie de la population au centre des débats publics.
Recommandations
1. Faire de l’accès à l’eau potable une priorité de la politique de lutte contre le choléra
La vaccination doit rester un outil essentiel de réponse aux flambées, mais elle doit être accompagnée d’investissements durables dans l’accès à l’eau potable, particulièrement dans les zones les plus exposées.
2. Renforcer les infrastructures d’eau, d’assainissement et d’hygiène (WASH)
Les autorités devraient accélérer la construction et la réhabilitation des réseaux d’approvisionnement en eau, des systèmes d’assainissement et des infrastructures d’hygiène dans les zones urbaines et rurales.
3. Passer d’une logique de réponse à une logique de prévention
Les interventions ne devraient pas être déclenchées uniquement après l’apparition d’une épidémie. Il est nécessaire de mettre en place une surveillance permanente et de sensibiliser la population aux risques liés à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène afin d’anticiper les flambées.
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