La création d’entreprise constitue un moteur essentiel de l’innovation et un levier incontournable pour la croissance économique. Elle permet à la population d’aspirer à un meilleur bien-être. Pourtant, en République Démocratique du Congo (RDC), la liberté économique reste un idéal difficile à atteindre. Les entrepreneurs sont confrontés à de nombreux obstacles dès les premières étapes. Même ceux qui parviennent à lancer leurs activités se heurtent à un environnement fiscal et administratif pesant, ce qui explique pourquoi plus de 40 % des nouvelles entreprises ferment en moins d’un an.
Les lourdeurs bureaucratiques et les démarches complexes exigées pour obtenir un permis de fonctionnement découragent bon nombre de porteurs de projets. En RDC, ces procédures s’accompagnent souvent de frais arbitraires imposés par certains agents publics, sous forme de "frais d’unités" ou de pots-de-vin. Les impôts et taxes imposés sont souvent excessifs et inadaptés à la réalité des petites et moyennes entreprises (PME). Tandis que les discours politiques encouragent les jeunes à entreprendre, de nombreux obstacles des reformes robustes avantageant l’entrepreneuriat persistent, freinant la concrétisation de ces ambitions.
Selon un rapport de 2023 s’appuyant sur les données de la Banque mondiale (2019), seulement 20,5 % des Congolais sont des salariés, tandis que près de 80 % sont considérés comme chômeurs. Dans ce contexte de chômage massif, l’entrepreneuriat apparaît comme une issue prometteuse, mais encore trop entravée.
Impacts sur l’entrepreneuriat en RDC
La crainte des impôts et des taxes informelles pousse de nombreux entrepreneurs à évoluer dans l’économie informelle, ou à renoncer complètement à leurs projets. Cette situation crée un déséquilibre dans le secteur privé et affaiblit le tissu économique.
Certains agents imposent des prélèvements illégaux, appelés "rentes bureaucratiques", qui alourdissent les charges pesant sur les entrepreneurs. Les petits commerçants, souvent dotés de capitaux très limités, sont les plus exposés à cette pression. Une multitude de taxes émanant de différentes strates administratives (locales, provinciales, nationales) entraîne une confusion générale et accroît la précarité financière des jeunes entrepreneurs. Ce contexte nuit gravement à leur capacité de réinvestir, de croître, et de créer de l’emploi. Face à cette réalité, certaines personnes sombrent dans le désespoir et se tournent vers la délinquance ou la rébellion pour échapper à la misère. D’autres se posent des questions fondamentales : « Devons-nous entreprendre pour enrichir les hommes politiques ou pour réellement développer nos communautés ? » Ce sentiment d’injustice compromet la dynamique entrepreneuriale en RDC.
Quelle mesure pour une solution durable à l’entrepreneuriat en République Démocratique du Congo ?
En RDC, les taxes représentent un obstacle majeur à l’entrepreneuriat, d’autant plus en raison de la complexité administrative, de la lourdeur des formalités fiscales et du manque de transparence du système. Il est urgent de simplifier le système fiscal, de réduire les charges pesant sur les PME, et de repenser l’ensemble du dispositif fiscal pour le rendre plus juste et plus accessible. Des mesures comme l’introduction d’exonérations temporaires pour les entreprises naissantes, des incitations fiscales pour celles investissant dans l’innovation, ou encore la numérisation des processus fiscaux contribueraient à instaurer un climat de confiance.
Par ailleurs, la protection des droits de propriété reste insuffisante. Une réforme des procédures d’enregistrement, un cadre juridique plus adapté et des lois claires et applicables sont indispensables pour renforcer la liberté des investissements et encourager l’entrepreneuriat local. Le potentiel entrepreneurial en RDC est immense, mais étouffé par un système fiscal et administratif peu favorable. Libérer ce potentiel passe par une volonté politique forte, des réformes structurelles et une mobilisation de tous les acteurs. Seule une approche inclusive et respectueuse des réalités économiques locales permettra de bâtir une société congolaise plus libre, plus prospère et tournée vers l’avenir.
Aristote Mugisho
RDPI Think tank CEO
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